Annlor Codina

plasticien

J’ai entrepris des études artistiques à 25 ans après avoir expérimenté divers modes de vie alternatifs. J’ai longuement vécu en camion, éprouvant la ville comme un terrain de jeu, choisissant le décor de mon quotidien à chaque nouveau stationnement et paramétrant la suite des aventures au fil des rencontres ou des différents aléas inhérents à ce choix de vie. Cette manière d’habiter le monde a insufflé à mes propositions artistiques un goût pour le mouvement, le non définitif et toutes les possibilités de mutations, de surprises, de réversibilité qu’il contient.

Ce choix de vie puise ses ressources dans l’ingéniosité théorisée par Michel de Certeau dans L’invention du quotidien, le partage des connaissance et la philosophie Do it yourself («fais le toi –même «). Cette expression traditionnellement associée à la débrouillardise et au bricolage, s’est beaucoup développée ces dernières années avec les nouvelles technologies ; les différentes ressources disponibles sur internet : du tutoriel à wikipédia ; l’émergence de lieux comme les fab-lab ou les hackerspaces qui proposent un échange de ressources ou de collaborations autour de savoir-faire parfois complexes ; le développement des logiciels libres et du matériel open source.
Ma manière de faire s’appuie depuis peu sur l’approfondissement des pratiques open source pour la multitude de potentialités techniques et artistiques qu’elles permettent ainsi que pour leurs capacités à inventer de nouveaux modèles économiques participatifs et solidaires où les connaissances de chacun sont valorisées pour réaliser ensemble.

Mon travail sonde et digère les différentes formes, les typologies variées de la violence. Je m’empare d’archétypes tels que les armes, les munitions ou les objets liés à la sécurité et court-circuite leur fonction initiale. J’ élabore des tactiques de résistance poétique pour désamorcer le potentiel agressif de représentations violentes en les déplaçant vers d’autres territoires plus ludiques ou festifs. U.T.G filme la violence ordinaire qui se niche au creux des relations sociales conflictuelles et propose au visiteur d’expérimenter seul les entrailles d’un rapport de force. Stochastic transforme la violence économique qui contraint par souci de rentabilité en une chorégraphie dérégulative illimitée, Cryptogame offre une visibilité aux maisons expulsées de leurs habitants.
J’explore les relations conflictuelles et ses diverses modulations en élaborant des installations interactives où différents éléments cohabitent, s’opposent, s’interpénètrent ou dialoguent. Pour ces installations, j’élabore des systèmes où sont volontairement incluent des paramètres aléatoires afin de perdre la maîtrise du résultat final et offrir à l’installation la possibilité d’une indépendance relative : une certaine autonomie de développement.

Ma démarche questionne également le rapport du spectateur à l’art en lui offrant la possibilité de vivre une expérience, d’interagir avec les œuvres en choisissant de quelle façon il veut entrer en relation avec le dispositif artistique à sa disposition.

Mes pièces démontent et remontent la réalité pour ausculter la mécanique du rapport de force et proposer une alternative mouvante en se jouant de la violence ambiante